|
Et la sensation de
chute! |
|
|
|
|
|
|
![]() |
" Au
bout de cinquante secondes, tout à l'extérieur, " Il tâta le hublot : la vitre était brûlante. Immédiatement il alluma la lampe élecrique qui éclairait sa cabine, regarda la montre encastrée dans le capitonnage, et il vit que son voyage durait déjà depuis dix minutes. Il lui vint à l'esprit que le hublot pouvait craquer dans le conflit des températures, car il savait que les eaux des grandes profondeurs sont glaciales. Puis tout à coup la paroi de la sphère sembla presser le dessous de ses pieds; au dehors la course des bulles se ralentit et le sifflement diminua. La sphère se balança légèrement. Le hublot n'avait pas craqué, rien n'avait cédé, et il savait que dans tous les cas, le danger de couler bas était passé. "
Encore une minute et il reposerait sur le fond de l'âbime. " Il se mit à regarder par le hublot. Il n'y avait plus de bulles maintenant, et le sifflement avait cessé. Au dehors, c'étaient de profondes ténèbres d'un noir épais comme un velours, sauf là où le rayon électrique pénétrait l'eau et en montrait la couleur : un gris jaunâtre. Alors, trois choses, comme des formes de feu, nagèrent en vue, se suivant. Il ne pouvait distinguer si elles étaient petites ou énormes et éloignées. " Chacune d'elles se dessinait avec des contours bleuâtres, presque aussi brillants que les feux d'une barque de pêche, des feux qui semblaient répandre beaucoup de fumée, et ils avaient de chaque côté, des tâches de cette lumière, comme des sabords de navire. Leurs yeux étaient tournés vers lui, et il jugea qu'ils suivaient sa descente, les supposant attirés par sa clarté. " D'autres du même genre se joignirent bientôt à eux. A mesure qu'il descendait, il remarquait que l'eau prenait une teinte pallide et que des petites tâches de lumière scintillaient dans son rayonnement comme des atomes dans un rai de soleil. Cela était probablement dû aux nuages de vase et de boue que la chute de ses fonceurs de plomb avait produits. " Pendant tout le temps qu'il fût entraîné vers le fond par ses poids de plomb, il se trouva dans une sorte de brouillardblanc si dense que son projecteur électrique ne réussissait pas entièrementà le percer au delà de quelques pieds. Et il se passa quelques minutes avant que les couches de sédiment en suspension fussent retombées au fond. Alors,à la lueur de ses lampes électriques et à la passagère phosphorescence d'un banc éloigné de poissons , il lui fut possible de voir, sous l'immense obscurité des eaux supérieures, une surface ondulante de vase d'un blanc grisâtre, rompue ça et là par des fourrés enchevêtrés de lits de mer agitant leurs tentacules affamés. |
|
|
H.G.WELLS
"Dans L'âbime"
|
||
| TOP | ||