" LE
MASQUE D'OR DE MYCENES.

H.G MILLER.
" LE COLOSSE
DE MAROUSSI



... Avec Mycènes, qui chronologiquement, vient aprés Tirynthe, le décor change du tout au tout. Le calme qui règne aujourd'hui en ces lieux fait penser à l'épuisement d'un monstre cruel et intelligent qu'on aurait saigné à mort.

Mycènes (il ne s'agit là, une fois de plus, que d'impressions, d'intuitions personnelles) a du connaître, me semble -t-il, un vaste cycle de progrés et de déclin.
Mycènes m'a tout l'air de se situer en dehors du temps, au sens historique du terme. Je ne sais par quel mystère cette même race égéenne, qui de Crète,
apporta semence et culture à Tirynthe,
a atteint ici, dans son développement,
à une grandeur quasi divine, a projeté un frai rapide de héros, de Titans, de demi-dieux; puis comme épuisée par cette floraison divine et sans précédent,
est retombée dans une noire et sanglante lutte intestine qui a duré des siècles
et s'est terminée à une époque si lointaine que, pour ceux qui vinrent aprés, elle prit l'allure d'une mythologie.

A Mycènes les dieux ont jadis foulé le sol de cette terre, la chose est sûre.
A Mycènes, de la descendance de ces mêmes dieux, est né un type d'homme,
artiste jusqu'à la moelle et monstruex, en même temps dans ses passions.
L'architecture était cyclopéenne; les ornements, d'une délicatesse, d'une grâce que l'art d'aucune autre époque n'a jamais égalées.

L'or abondait, on l'utilisait à profusion.
Tout en ces lieux, est contradiction. On se trouve devant l'un des nombrils de l'esprit humain, au point même de l'attachement au passé comme de la rupture totale.
L'endroit à l'air impénétrable : sauvagement laid, adorable, séduisant et repoussant.
Ce qui est arrivé ici dépasse toute conjecture. Les historiens et les archéologues ont tissé, pour habiller le mystère, un voile mince et nullement satisfaisant. Ils rassemblent des fragments épars, qu'ils relient selon l'habitude
et comme il sied à leur indigente logique.

Personne n'a encore pénétré le mystère de ce paysage chenu. Il défie les processus débiles de l'intelligence.
Il nous faut attendre le retour des dieux et la résurrection de facultés aujourd'hui dormantes.