" NOUS NE SOMMES
PAS LES DERNIERS ...

BERNARD KRIMMEL -"ZORAN MUSIC




" Il fut affecté à une usine d'armement du camp. Son physique athlétique et sa capacité à se soumettre, sans pour autant perdre son identité, le mirent à l'abri du désastre de ne plus pouvoir remplir ses tâches d'esclave.

"Dans mon camp il n'y a pas de malades, se vantait le commandant Koch.
Ici il n'y a que des bien portants et des morts."

Et la plupart des médecins du camp agissaient en conséquence. A son banc de travail, Music apprit l'art de la feinte.
Le matériel de mort devenait secrètement vaisselle, couverts, briquets, et tous ces petits ustensiles, introduits en fraude dans les baraquements, paraient aux besoins les plus urgents.

Music devait procéder avec prudence
et tout particulièrement pour les plus superflues de ses fabrications : les dessins. Il détachait avec soin les pages de garde des livres, arrachait des feuilles aux cahiers de brouillon utilisés pour le travail.
Il soutirait d'infimes quantités d'encre, qu'il additionnait d'eau. Music dessinait non pas les chimères d'une imagination surchauffée,
mais les cauchemars de la réalité, la moisson quotidienne de la mort violente.

"Souvent le nombre des morts était tellement incroyable qu'ils ne savaient pas où les mettre en attendant l'incinération.
A défaut de locaux souterrains, les corps des défunts gisaient entassés,
parfois disposés comme des tas de bois(...). Les cadavres auraient du porter un suaire avec un nom et un numéro avant d'être mis dans une caisse.

Trés souvent ils se limitaient à inscrire à la plume le numéro sur la peau, aprés avoir jeté les cadavres nus dans de longues corbeilles deux par deux s'ils étaint suffisament maigres.
A toutes les heures du jour et souvent de la nuit le haut-parleur lançait son cri : "Les fossoyeurs à l'appel! " Une oscillation en avant, une en arrière, un, deux, trois,
et hop! le cadavre volait dans le camion,
sur le tas des autres. On part!"

 

TOP